Les Thraces en Bulgarie

la Bulgarie moderne se passionne pour un passé lointain, celui des Thraces dont ses citoyens se sentent les héritiers.

L’antique civilisation des Thraces est l’une des plus anciennes au monde et a laissé en héritage d’inestimables trésors et monuments disséminés dans toute la Bulgarie.

Ce peuple, le plus ancien dont on connaisse le nom dans le sud-est de l’Europe, a laissé de nombreux vestiges de sa langue (qui appartenait au même rameau indoeuropéen que le latin et le grec) dans des inscriptions et dans des noms de lieux, de montagnes ou de rivières.

Pierre-Diomède roi des bistognes thraces

Pierre-Diomède roi des bistognes thraces

Le peuple Thrace occupait d’ailleurs une grande place dans la littérature de ses proches voisins : à l’époque classique, dès le 6ème siècle avant J-C, les Grecs relevaient souvent les influences thraces sur leur mythologie, leur religion, leurs arts, en particulier la musique.

Aujourd’hui, le grand public a rencontré les Thraces grâce à la fabuleuse exposition de bijoux, de vases et d’armes d’or qui a parcouru plusieurs pays.

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Trésors Thraces de Panagyurishte – musée historique de Sofia

De villages antiques en passant par des monuments funéraires ou des objets rituels, vous pourrez découvrir lors de votre séjour en Bulgarie l’exceptionnelle richesse de cette mystérieuse et encore méconnue civilisation des Thraces.

  • Nom et localisation :

La Thrace était la région d’Europe centrale, partagée aujourd’hui entre la Grèce du Nord-est (Thrace occidentale), la Turquie européenne (Thrace orientale) et la Bulgarie méridionale (Thrace du Nord ou Haute Thrace).

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Atlas des Balkans

Les frontières géographiques de Thrace étaient trois mers : La mer Noire, la mer Égée et la mer de Marmara. Les frontières historiques du royaume incluait la Bulgarie actuelle, la Turquie européenne, la Grèce et les régions Nord-est de la Serbie orientale et la République orientale de Macédoine.

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Carte ancienne de 1585 de la Thrace antique

Ses frontières étaient entre le Danube au Nord et la mer Égée aux Sud, à l’Est la mer Noire et la mer de Marmara et sur l’Ouest vers le Vardar et les grands fleuves de Morava.

  •  Origines et Histoire :

On suppose que les Thraces appartenaient aux premières vagues d’immigrants indo-européens venus des steppes du Nord-est. Ce serait un des peuples Indo-européens les plus anciens et la région était habitée par de nombreuses tribus.

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Carte des Tribus dans la Thrace Antique

La plupart des habitants vécurent simplement dans des petits villages construits traditionnellement sur des sommets.

Ces petits « royaumes » étaient dirigés par des familles dynastiques, où des « Rois-Prêtres » (Polistes) qui s’appuyaient sur une aristocratie, un peuple de cavaliers (Tarabostes), une infanterie de mercenaire (Peltaste) et des paysans guerriers libres (Comates), vivant dans des collectivités territoriales.

illustration par dariusz T. Wielec Peltaste Thrace 5 à 6 eme siecceles

Peltaste Thrace – 5ème à 6ème siècles

La réputation des combattants Thraces se perpétua jusqu’à l’époque Romaine, où le terme Thrace désignait un des types de gladiateurs (Spartacus aurait été un Thrace).

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Spartacus, esclave et gladiateur d’origine thrace – Musée du Louvre

La capitale du royaume était là où le Roi résidait, souvent des résidences fortifiées et les villes principales furent : Abdère Amphipolis (ou Abdéra), Nicopolis, Salmydesse et Seuthopolis.

Celles-ci furent édifiées suivant la tradition urbanistique Grecque, mais en conservant le palais royal sur le style Mycénien. Pour les Grecs, la région passait pour être la patrie du poète Musée et l’une des terres d’élection des Dieux Arès et Dionysos. Durant la période Mycénienne, la société Thrace était organisée autour du Roi (ou Roi-Prêtres).

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Roi Thrace

Les Thraces sont mentionnés comme alliés des Troyens dans l’Iliade, menés par Acamas et Peiros.

L’organisation sociale de cette partie de l’Europe du sud-est avait atteint un degré de complexité inhabituel à une si haute époque.

Cette énigme s’explique probablement par les gisements de cuivre exploités alors dans cette région et qui ont dû donner lieu à des échanges assez intenses avec plusieurs pays de l’Asie toute proche.

À environ 200 km de Sofia, les fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour une véritable nécropole royale, dont le tombeau du Roi Seuthès III.

Tête en bronze de Seuthès III - Musée Archéologique de Sofia

Tête en bronze de Seuthès III – Musée Archéologique de Sofia

On a dégagé dans cette nécropole de nombreux objets d’orfèvrerie et une abondante vaisselle, dont des rhytons (vases allongés utilisés pour boire) en or et argent aux représentations animales.

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Rhyton en argent – Trésor de Zlatinitsa Malomirovo – 4ème siècle

Des hommes ont également légué à la postérité un autre site prestigieux : la nécropole chalcolithique de Varna, sur le littoral de la mer Noire.

Les archéologues y ont mis au jour un grand nombre de tombeaux de la fin du 4ème millénaire avant J-C, qui ont livré des centaines d’objets en or, allant des perles minuscules à des bracelets qui pèsent de 200 à 300 grammes. Cette trouvaille est d’autant plus passionnante que deux des tombeaux contenaient des sceptres d’or symboles de pouvoir légitime, signes manifestes d’une tradition déjà établie.

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Une tombe de la nécropole de Varna

Le commerce serait donc à la base de la prospérité des mineurs qui enfouissaient des merveilles d’or, avec leurs morts et dans lesquels les savants s’accordent aujourd’hui à reconnaître les ancêtres des Thraces.

La mythologie Grecque antique fournit en effet aux Thraces un ancêtre mythique, appelé Thrax, fils du Dieu Arès. Cette mythologie est remplie de Rois Thraces : Diomède, Lycurgue, Tegyrius, Polymnestor, Poltys et Œagrus (Père d’Orphée).

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Orphée parmi les Thraces

Les Grecs furent très tôt attirés par les richesses du pays (or, argent). Dès le VIIe siècle, il y établirent des colonies côtières avec la fondation d’Apollonia (ou Sozopol), de Dionysiopolis, d’Histria (ou Istros), de Mesembria (ou Nessebar) et d’Odessos (ou Varna).

À partir du VIe siècle l’aristocratie Thrace échangea beaucoup avec les Grecs et même utilisa l’alphabet grec pour leurs écrits, qui, malgré cela, n’ont pas encore été déchiffrés.

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Dionysopolis Inscription du roi Thrace Cotys – Musée national historique de Sofia

Tout au long du VIe siècle, les Thraces furent fortement recrutés pour leur infanterie par les diverses États Grecs et de grands dépôts d’or et d’argent furent extraits de leurs mines. La région fut occupée par les Perses à la fin du VIe siècle et début du Ve siècle. Darius I y conduisit une expédition en 513.

La Thrace fut ensuite divisée en trois régions (Est, centre et Sud, et Ouest). La Thrace du Sud (ou Basse-Thrace) fut sous la domination économique d’Athènes à partir de la fin des guerres médiques. La cité y fonda la ville d’Amphipolis.

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Carte de la Thrace antique

À la fin du Ve siècle, selon les historiens Hérodote (Historien Grec, v.425) et Thucydide (Homme politique et historien Athénien, v.395), une dynastie chez les Odrysses tenta d’unifier la Thrace à son profit.

À partir de la Thrace centrale, ils réunirent toutes les tribus sous la même bannière et constituèrent un royaume prospère sur les bords de la mer Noire, avec Seuthopolis pour capitale.

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Tête en Bronze de Seuthès III – Musée national archéologique de Sofia

Le premier souverain dont on a la trace est Tirès I qui régna autour de 450 avant notre ère et qui est surtout connu pour ses aptitudes militaires et ses nombreuses campagnes durant son règne où il passa beaucoup de temps sur les champs de bataille. Il unifia plusieurs tribus Thraces pour fonder le premier royaume.

Puis se succédèrent de nombreux Rois Thraces : Sitalcès, Seuthès I, Cotys I, Cersobleptès I, Seuthès III, Lysimaque… et de nombreux vestiges laissés par cette civilisation sont à visiter sur tout le territoire de Bulgarie, ancienne terre antique des Thraces.

  • Sites antiques Thraces en Bulgarie :

 

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Cité Thrace de Perperikon à Haskovo

De nombreux sites archéologiques Thraces sont à découvrir dans les différentes régions du pays notamment dans la région de Haskovo avec la présence de nombreux sites archéologiques comme la cité antique Thrace de Perperikon construite dans la roche, sainte pour le culte de Dionysos, dieu national des Thraces.

Dionysos - Dieu de la vigne et du vin

Dionysos – Dieu de la vigne et du vin

Important centre de pouvoir, elle semble avoir participé à la Guerre de Troie aux côtés des Troyens. La ville est citée par Hérodote. On a retrouvé des traces d’un habitat remontant au moins à -4000 ans avant Jésus-Christ.

  • Cité antique Thrace de Perperikon à Haskovo

Toujours dans la région de Haskovo, vous pourrez également découvrir un lieu incontournable : l’étrange sanctuaire et village Thrace de Angel Voivoda qui vous questionnera et vous intriguera sans nul doute.

L’ancien sanctuaire situé à proximité du village Angel Voivoda occupe une place particulière parmi les nombreux monuments mégalithiques autour de Haskovo.

Tentez de percer les mystères de la civilisation thrace et de mieux comprendre leur histoire et leur culture indissociables de celles de la Bulgarie et laissez-vous imprégner de l’atmosphère et de l’énergie qui se dégagent de ces lieux ancestraux.

Village Thrace d'Angel Voivoda - Haskovo

Sanctuaire Thrace d’Angel Voivoda – Haskovo

D’autres sites archéologiques au patrimoine culturel et historique inestimable vous surprendront tout au long de votre séjour dans la région :

Près du Village de Dolni Glavanak, vous découvrirez ainsi le site sacré de Cromleh formant un cercle de blocs de pierres monolithiques datant de l’époque de fer.

Kovan kaya, près du village Dolno Tcherkovichté est quant à lui un stupéfiant complexe religieux et funéraire mégalithique. Sûrement lieu de funérailles des Thraces, il se compose d’une centaine de niches taillées dans la roche destinées à recevoir les urnes des morts incinérés.

  • Site monolithique de Cromleh

Ou encore le sanctuaire des niches de roches de Thrace près du village de Dazhdovitsa qui est l’un des nombreux monuments mégalithiques des Rhodopes. On suppose que les niches creusées dans les roches volcaniques ont été utilisées comme urnes funéraires ou pour placer des cadeaux au Soleil-Dieu. Selon d’autres théories, les niches ont été utilisées pour placer de l’eau pour attraper le soleil et pour recevoir une puissance spirituelle pour les croyants dans Dieu-Soleil.

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Arc à Momini Gardi – Sanctuaire Starosel

Et bien d’autres sites encore : le sanctuaire de Gluhite Kamani, le dolmen de Hliabovo, le sanctuaire des nymphes et d’Aphrodite de Kasnakovo, le sanctuaire thrace de Orlovi skali (Eagle Rocks), le site de chit Kaya… pour ne citer qu’eux.

Les tombes souvent très ornées et garnies d’objets précieux étaient recouvertes d’une butte de terre (tumulus) plus ou moins élevée, selon le rang et la richesse du défunt.

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Tombe Thrace – Tumulus de Pomorie

Les territoires thraces ont vu ainsi s’édifier des tumuli, dont beaucoup ont disparu au cours des âges. Il en reste plus de dix mille aujourd’hui qu’on a conservés intacts, et protégés contre les fouilles clandestines.

Voici une illustration d’un tumulus antique Thrace ainsi que le plan caractéristique d’une tombe Thrace :

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Tumulus antique Thrace

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Plan d’une tombe thrace en Bulgarie (tombe Maglidzh)

Dans certaines régions ils forment les traits les plus marquants du paysage : c’est le cas notamment tout au long de l’autoroute internationale d’Istanbul, dans la région de Plovdiv.

Un de ces tumuli, dans le département de Stara Zagora, abritait la tombe de Kazanlak, dont les fresques, du 4ème siècle avant notre ère, constituent un épisode capital de l’histoire de la peinture.

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Fresques – Tombe de Kazanlak

Elles représentent principalement un « banquet funèbre » que caractérise l’extrême finesse des figures centrales, le prince et son épouse, et surtout la tendresse et la distinction de leur geste d’adieu. Non moins remarquables paraissent les parents et les proches du défunt, conducteurs de chevaux, porteurs d’offrandes.

Ce monument, d’une valeur exceptionnelle, est au nombre de ceux que l’UNESCO a inscrits sur la Liste du Patrimoine mondial.

Découvrez plus en détail dans ce diaporama quelques-unes des nombreuses tombes thraces découvertes en Bulgarie :

  • Tombe Thrace de Sveshtari

Admirez également les trésors insoupçonnés, les objets magnifiquement décorés et d’une grande qualité d’exécution en vous rendant dans les différents musées de Bulgarie.

La plupart de ces objets, trouvailles fortuites ou récompenses de fouilles systématiques, provenaient des grands tombeaux, dernières demeures d’hommes qui croyaient en l’au-delà et en l’union, après la mort, avec le principe divin.

  • Trésors Thraces, musée historique de Sofia

Ces objets témoignent de l’incroyable richesse et du savoir-faire de cette ingénieuse et méconnue civilisation antique des Thraces :

La région d’Haskovo est une destination idéale pour revenir sur les traces des premières civilisations qui font l’immense richesse du patrimoine culturel et historique bulgare.

Pour mieux comprendre l’histoire et la richesse de la mystérieuse civilisation des Thraces en Bulgarie voici en vidéo leur histoire et les inestimables trésors, monuments et objets qu’ils nous ont laissés en héritage :

 

Le Tombeau d’Alexandrovo

 

Voici le plus grand trésor archéologique bulgare, une tombe Thrace datant du quatrième siècle avant Jésus-Christ située près du village de Alexandrovo non loin de Haskovo.

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Tombeau d’Alexandrovo

La tombe a été découverte en 2000 à l’endroit du tumulus Rochavata Tchuka par le grand archéologue bulgare Gueorgui Kitov.

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Tumulus Rochavata Tchuka

Elle daterait du IVème siècle avant notre ère. Cette construction servait à la fois de temple, de mausolée et de lieu de culte et accueillait initialement la sépulture d’un dignitaire Thrace dont l’identité reste à ce jour inconnue mais dont les indices trouvés montrent qu’il s’agissait d’une personne de la plus haute importance.

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Sépulcre Tombeau d’Alexandrovo

Le complexe funéraire se compose d’une chambre funéraire principale, précédée par une anti-chambre reliée à l’extérieur par un long couloir de 15 mètres dont la particularité est sa longueur unique et son rétrécissement au fur et à mesure que l’on avance vers la chambre principale et qui demandait de prendre une posture agenouillée pour s’y rendre lors des cultes et des processions funéraires.

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Fresque du Tombeau d’Alexandrovo

Le plus frappant dans ce tombeau est la qualité et la précision des objets et peintures découvertes. Les fresques dépeignent les traits caractéristiques de la vie Thrace comme des scènes de chasse, de guerre ou bien encore les fêtes funéraires, avec notamment dans la chambre principale quatre représentations d’un cavalier à cheval dont les archéologues s’accordent à dire qu’il s’agirait du même homme chassant successivement un cerf, un sanglier, un daim et un sanglier noir.

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Détail Fresque du tombeau d’Alexandrovo

En 2003 une découverte magistrale eu lieu. Juste en face de l’entrée ont été aperçues des lettres sur deux lignes et un portait humain en dessous.

Les lettres étant hautes de 5 cm et le profil de 11 cm pour 8 cm de large, ce portrait était difficilement repérable malgré son emplacement et aucun archéologue ne l’avait aperçu lors des premières études avant d’explorer l’intérieur en 2003.

Les inscriptions disent « Kozimasses Hrestos » qui correspond à un prénom thrace déjà connu des spécialistes et est associé à une seconde particule qui est un surnom signifiant étymologiquement gentil, capable, agréable, fidèle, serviable, heureux, ce qui correspond, compte tenu de l’époque, à la définition de « maître ». L’inscription signifie donc Kozimasses le Maître.

Le profil humain est quant à lui parfaitement exécuté avec ce visage et les boucles des cheveux magnifiquement dessinés.

  • Musée Central des Arts Thraces des Rhodopes de l'est

Vous pourrez visiter, à proximité immédiate du tumulus, le Musée de l’Art Thrace des Rhodopes de l’est où est présentée une réplique de la tombe et de ses fresques, l’original étant fermé au public pour des raisons de préservation ainsi  qu’une exposition des objets retrouvés sur le site.

La tombe thrace d’Alexandrovo est sans conteste l’un des monuments les plus significatifs pour le patrimoine thrace en Bulgarie.

Ne passez pas à côté de ce magnifique trésor national et réservez dès maintenant votre billet d’avion pour la Bulgarie.